Design durable : quand le PET recyclé réinvente les équipements de salle de bain
Le fabricant Roca vient de présenter une extension de sa collection Ohtake, où la baignoire et les vasques sont composées d'un matériau appelé Stonex, formulé à partir de résine PET recyclée.

PET recyclé et geste manuel: ce qu'on peut retenir de la collection Ohtake
Le designer Rodrigo Ohtake assume le pari: montrer qu'un geste écoresponsable — transformer des bouteilles en mobilier — peut aussi produire des formes sculpturales. Pour nous qui travaillons la matière récupérée au quotidien, c'est un signal à observer de près.
Ce que devient le PET une fois passé en atelier
La matière centrale, c'est donc le PET récupéré, broyé, reformulé en une pâte minérale dense. D'après la présentation du fabricant, la surface obtenue est chaude au toucher — contrairement à la céramique froide habituelle — et tient mieux dans le temps que beaucoup de revêtements classiques: elle résiste à l'usure et à la décoloration qui marquent les salles de bains après quelques années. Les accessoires qui accompagnent la baignoire — la marche d'accès et l'étagère latérale — sont eux en résine de soja, une matière biosourcée.
Concrètement, ce qui nous parle, c'est le trajet du rebut à l'objet: vous triez chaque semaine des bouteilles, le fabricant en tire une vasque en forme d'arum, disponible en noir mat, onyx, café, beige, et en terre cuite — cette dernière teinte est proposée au Brésil ou sur demande ailleurs.
L'héritage Ohtake et le geste manuel
Rodrigo Ohtake a repris l'atelier fondé par son père, l'architecte brésilien Ruy Ohtake, décédé en 2021; les deux studios ont fusionné en 2022 sous le nom OHTAKE. Sa grand-mère, Tomie Ohtake, était une artiste abstraite nippo-brésilienne dont le regard a nourri toute la lignée. Ruy Ohtake a conçu plus de 420 projets au Brésil sur cinq décennies, avec une obsession constante pour les formes organiques.
La baignoire s'inspire du Ofuro japonais: un bain compact à parois hautes, pensé pour s'asseoir et s'immerger dans l'eau chaude plutôt que pour s'allonger. Rodrigo y a greffé une assise intégrée qui accentue la sensation d'enveloppement.
Les deux vasques, elles, ont d'abord été modelées à la main dans de l'argile avant d'être numérisées — c'est ce qui donne ces courbes irrégulières, proches du pétale plutôt que d'une géométrie plate. Voilà une démarche qui résonne directement avec ce qu'on fait à l'établi: partir du geste manuel, accepter l'imperfection de la forme, et laisser la matière récupérée dicter ses propres lignes.
Ce qu'on retient pour notre propre pratique
La leçon qui nous concerne, ce n'est pas la salle de bain en tant que telle — c'est la preuve qu'une matière recyclée peut être pensée dès l'amont comme un vrai matériau de création, et non comme un compromis écologique. Quand un industriel assume que sa baignoire sera en PET broyé puis modelée à partir d'une argile sculptée à la main, le résultat gagne en caractère.
Pour celles et ceux qui transforment déjà des chutes de tissu, des jeans usés ou de vieux rideaux en pièces neuves, l'analogie fonctionne: le geste manuel d'abord, la matière récupérée ensuite, et l'objet fini qui n'a rien d'un pis-aller. Trend Hunter relaie cette collection dans son flux, et d'autres titres spécialisés explorent la même veine de la salle de bain écoconçue. Le fil rouge reste le même: repenser chaque élément du quotidien comme une matière à transformer, pas comme un déchet.