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Mode durable : cinq nouveaux créateurs intègrent les Ateliers de Paris

Selon Fresh Mag Paris, cinq nouveaux créateurs de mode rejoindront les Ateliers de Paris pour la rentrée 2026.

Mode durable : cinq nouveaux créateurs intègrent les Ateliers de Paris

Parmi eux, plusieurs placent l’upcycling, les stocks dormants ou le choix de matières plus responsables au centre de leur démarche. Pour nous qui travaillons le textile, cette promotion est intéressante à observer: elle montre comment une matière récupérée peut devenir le point de départ d’une coupe, d’un usage et même d’un modèle de production.

La matière n’est plus un simple support

Chez Jude Ferrari, fondatrice de Maison J.Simone, le geste commence par le chiné. Vêtements et textiles de seconde main sont démontés, puis réinterprétés. La matière existante impose donc une partie du travail: il faut regarder sa tenue, repérer les zones fragilisées, découdre sans entailler, puis épingler les morceaux selon leurs nouvelles possibilités. D’après Fresh Mag Paris, 30 à 40 % des collections de la maison sont réalisées à partir de matières issues de l’upcycling.

Joachim Meuleau, avec Aïdama, travaille pour sa part à partir de stocks dormants. La marque confectionne l’ensemble de ses collections en Île-de-France et développe un vestiaire unisexe, ajustable et en taille unique, aux lignes épurées inspirées des vêtements traditionnels asiatiques. Ici, la souplesse du vêtement devient aussi un moyen de mieux accompagner les variations de taille et d’usage: on ne se contente pas de couper, on prévoit l’ajustement dès la construction.

Adeline Rappaz revendique une fabrication artisanale où chaque pièce dépend des matériaux récupérés: jeans, dentelles anciennes, nappes, boutons ou bijoux. Cette approche nous est familière à l’établi: avant de tracer un patron, nous devons parfois trier, faufiler et composer avec ce que le textile autorise réellement. Une nappe ne réagit pas comme un denim, une dentelle ancienne ne supporte pas la même tension qu’un coton neuf. Le projet se construit alors avec la matière, et non contre elle.

Cinq parcours, cinq façons de faire

La promotion ne se limite pas aux pratiques de réemploi. Coralie Druart, à la tête de Prestesse, privilégie des tissus présentés comme doux et durables. Elle développe notamment des modèles en fibre d’algue SeaCell, un textile à base de cellulose de bois et d’algues marines, ainsi qu’en Tencel et en coton biologique.

Sang Soh, dont la marque Paraboloïde s’inspire de la photographie underground des années 1970, imagine des silhouettes sculpturales entre romantisme et fétichisme. Maison J.Simone défend de son côté un « absurde chic » fait de couleurs vives, de pop culture et d’humour, avec une volonté affichée de célébrer la diversité des corps. Chez Adeline Rappaz, romantisme, punk, artisanat et univers végétal se rencontrent.

Ces créateurs arrivent aux Ateliers de Paris avec des expériences déjà constituées dans le secteur. Sang Soh est passé par Lanvin et Givenchy, Jude Ferrari par Jacquemus et Zara, et Coralie Druart par Dior, Yiqing Yin et Casa93. Adeline Rappaz a remporté le Prix du public du Festival international de mode de Hyères en 2021. Le point important, pour nous, est que l’upcycling et la création responsable apparaissent ici comme des pratiques de conception exigeantes, portées par des projets déjà structurés.

Ce que nous pouvons observer concrètement

Les Ateliers de Paris proposent à chaque résident un atelier et un accompagnement personnalisé pendant un an, avec un renouvellement possible une fois. Ce cadre doit permettre aux projets de se structurer au-delà de la seule idée créative.

Pour suivre cette rentrée avec un œil d’artisan, nous pouvons regarder trois éléments précis. D’abord, la matière: est-elle récupérée, issue d’un stock dormant ou choisie pour ses caractéristiques annoncées? Ensuite, le geste de transformation: la pièce conserve-t-elle les traces, les irrégularités et la mémoire du textile, ou la matière est-elle entièrement dégarnie et recomposée? Enfin, la fabrication: Aïdama produit en Île-de-France, tandis que Maison J.Simone fait fabriquer ses collections en Europe, deux choix qui participent, selon la source, à une volonté de traçabilité.

Cette rentrée 2026 donne ainsi une boussole simple pour nos propres créations: partir de ce que nous avons sous la main, toucher le tissu avant de le couper, respecter ses tensions et rendre visibles les choix effectués. L’upcycling ne consiste pas seulement à sauver une chute ou un vêtement oublié; il demande d’épingler autrement, de bâtir autrement et de laisser la matière guider une partie du résultat.