Pourquoi les sacs compostables d'Oakland finissent-ils systématiquement à la décharge ?
D'après The Cool Down, la ville d'Oakland en Californie vient de retirer les sacs verts étiquetés « compostables » de son programme de compost, y compris ceux qui portent la certification BPI.

À Oakland, même les sacs « compostables » partent à la poubelle: leçon de lucidité pour nos matières
Pour nous qui travaillons la matière au quotidien, c'est un signal utile: l'étiquette verte ne dit pas toujours ce qu'on croit — encore faut-il vérifier où le produit finit réellement.
Le « compostable » qui ne se composte pas
Le problème, d'après les responsables locaux cités par SFGate, est double. D'une part, Rebecca Parnes, responsable du programme de recyclage d'Oakland, explique que beaucoup de ces sacs ne se décomposent pas dans les installations industrielles classiques. Joe La Mariana, directeur de l'agence publique RethinkWaste, précise de son côté que les sites partenaires ont constaté que la matière ne se dégrade pas dans le cycle de production de 90 à 100 jours dont ils disposent. L'agence régionale StopWaste ajoute une nuance de taille: la certification n'exige qu'une dégradation à 90 %, ce qui peut laisser des microplastiques dans le sol. Le label, autrement dit, certifie une performance partielle — pas une disparition complète.
Trois gestes à faire avant d'acheter « vert »
Avant de craquer pour un produit étiqueté écologique, prenons le temps de vérifier trois choses, comme on épingle un tissu avant de couper.
D'abord, votre commune l'accepte-t-elle vraiment? Les règles changent d'une ville à l'autre: Oakland refuse ces sacs, mais Berkeley, Fremont, Union City et San Francisco les acceptent encore. Renseignez-vous auprès de votre service de tri ou sur le site de votre agglomération.
Ensuite, l'installation de traitement peut-elle le travailler? Même lorsque le sac est accepté sur le papier, Hilary Near, coordinatrice zéro déchet de San Francisco, reconnaît que les opérations de Recology ne parviennent pas à séparer fiablement les compostables du plastique standard. Résultat: souvent, tout est marqué comme contamination et retiré du flux.
Enfin, avez-vous déjà l'équivalent chez vous? Robert Reed, porte-parole de Recology, suggère de tapisser le fond du seau avec une serviette en papier ou un essuie-tout pour absorber l'humidité. Rebecca Parnes recommande pour sa part le journal, un sac à pain ou un carton aplati. Ces matériaux, vous les avez probablement déjà — et leur coût est nul.
Le fil qui nous relie à cette histoire
Ce dossier californien touche une question que nous connaissons bien à l'établi: un tissu labellisé « eco » ne vaudra jamais, pour notre usage, un vieux drap solidement faufilé et transformé en cabas. La logique est la même — réutiliser ce que nous avons sous la main évite à la fois le coût et l'illusion du bon geste. En Californie, l'Assemblée prépare une loi, l'Assembly Bill 1201, qui sera applicable en juin pour encadrer ce qui pourra être vendu comme compostable. Un autre texte, le Senate Bill 54 signé en 2022, prévoit que tous les emballages à usage unique soient recyclables ou compostables d'ici 2032. D'ici là, c'est à nous, fil après fil, de regarder où vont vraiment nos matières.