Savoir-faire artisanaux du Nord à Nouméa : vannerie et sculpture à l'honneur
Selon le reportage de Marine Guyen pour Outre-mer La 1ère, le marché de l'artisanat du Nord tient sa deuxième édition dans le patio de l'hôtel du Gondwana, à Nouméa, jusqu'à dimanche 17 heures.

Cinq créateurs y font découvrir la vannerie traditionnelle, la sculpture sur pierre à savon et le travail de la garniérite, un minerai de nickel emblématique de la Nouvelle-Calédonie. Pour nous qui travaillons la matière vivante, l'événement a valeur d'exemple: quand un savoir-faire commence à tirer sur la trame, le bon réflexe n'est pas de le regarder disparaître — on s'approche, on regarde de près, on essaie.
Les gestes à observer avant tout
Le tressage en jonc et en pandanus a mobilisé les mains curieuses du week-end. Pétronille, présidente de l'association Xecharää basée à Canala, y initie le public et le dit sans détour: « il n'y a pas de relève, nos filles s'intéressent plus à ce qui est moderne qu'aux savoir-faire traditionnels. » À ses côtés, l'association Djowero venue de Pouébo propose la sculpture sur pierre à savon, geste lent qui exige de tenir la pierre d'une main sûre pendant que l'autre creuse. Anaïg, habitante de Koumac, présente quant à elle la garniérite transformée en bijoux, jeux d'échecs et objets de décoration. Judicaël Selefen, directeur du GIE Tourisme de la province Nord, résume la philosophie du rendez-vous: « ce genre d'évènements permet d'entretenir les savoirs du territoire en les transmettant aux visiteurs. »
Chapeaux, sacs, robes, objets de décoration: tout est fait à la main, et un traiteur venu de Houaïlou complète l'expérience en faisant déguster la cuisine locale. L'immersion est pensée comme un tout — on ne regarde pas, on touche, on goûte, on essaie.
Ce que nous pouvons en retenir, à notre établi
Vous qui travaillez le fil et la matière, trois réflexes s'imposent quand on s'intéresse à un savoir-faire qui se raréfie. Premièrement, s'asseoir à côté d'un porteur de geste plutôt que de regarder un tuto filmé: la tension de la fibre sous les doigts, la pression du pouce qui serre, le bruit sec du tressage, rien de cela ne traverse un écran. Deuxièmement, prendre des notes précises comme on relèverait un patron. Quel végétal est récolté, à quelle saison, comment il est séché, fendu, roulé, teint: ces étapes valent nos étapes de coupe et d'assemblage. Troisièmement, accepter de n'apprendre que partiellement. On ne devient pas vannier en un week-end, mais on ramène une observation qui nourrit ses propres pièces — une idée de structure, un sens du tressage, une couleur obtenue par teinture naturelle.
Garder le fil
L'événement n'est pas isolé: selon Outre-mer La 1ère, une nouvelle édition est prévue en septembre 2026. De quoi laisser le temps de s'organiser pour traverser, ou simplement de guetter les associations citées — Xecharää à Canala, Djowero à Pouébo — comme points de contact à interroger. Et si la Nouvelle-Calédonie reste hors de portée, le principe, lui, s'applique à tous les marchés d'artisanat qui fleurissent près de chez nous: on y va les mains vides, on revient le carnet plein.